J+316 Poser une cigarette en offrande.
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J+316 Poser une cigarette en offrande.

Défi n°227 : Déposer une cigarette en offrande sur les ossements d’un mort, comme le veut la coutume locale.

 

Quelque peu exténués par le trajet de la veille, nous avons passé la journée à nous reposer pour récupérer quelques heures de sommeil supplémentaires. Nous sommes allés nous informer sur les excursions et les activités à faire au pays Toraja ; visites des villages typiques, regarder un combat de buffles, comprendre davantage leur rapport à la mort en allant découvrir leurs sites funéraires et assister à un « enterrement » (les guillemets sont requis parce que vous découvrirez bien assez vite que c’est loin de ressembler à ce qu’on imagine d’un enterrement). Vous allez me dire; « quel programme bien morbide ! » et vous n’auriez pas complètement tort, mais nous nous trouvons dans cette ville en tout état de cause. En effet, c’est un arrêt assez connu en Sulawesi, car il permet de comprendre les coutumes anciennes du peuple Toraja qui perdurent au jour d’aujourd’hui.

 

Histoire de vous plonger dans cet univers particulier, nous allons faire un rapide petit point culturel. Le peuple Toraja est une ethnie d’environ 650 000 personnes qui suivaient un ensemble de croyances répondant au nom d’ « Aluk » ou « Aluk To Dolo » (« la voie des ancêtres ») qui est le nom officiel de leur religion. La première apparition de ce nom est paru en 1688 dans la Description historique du royaume de Macassar du Père Nicolas Gervaise, qui parle d’un « royaume des Torajas ». A l’origine « Toraya », vient du dialecte indonésien « to ri aya » qui signifie « gens d’en-haut », ce qui est logique me direz-vous, puisqu’ils vivaient dans les montagnes. Cette qualification a marqué une identité culturelle partagée, puisque jusqu’à présent ils ne s’identifiaient que par leurs villages dans lesquels ils vivaient en totale autarcie. Tout allait bien dans le meilleur des mondes, jusqu’à ce que la colonisation face son apparition. Les hollandais ont envoyé leurs missionnaires qui ont délimité des frontières, prôné la bible, aboli l’esclavage et créé des impôts (Ce sera tout?). Désormais, nous retrouvons une majorité de chrétien(e)s et quelques musulmans (l’Islam est très présent en Indonésie). Vous savez ce qui a été le plus dérangeant pour les Torajas dans cette colonisation ? De ne plus pouvoir utiliser leurs esclaves. Ils ont montré de fortes réticences, et malgré la décision hollandaise de les ramener sur les basses terres pour qu’ils puissent les contrôler, la culture Toraja a vaincu et n’a pas été délaissée (Pas très influençables les gars). Dans les années 1970, le peuple Toraja s’est ouvert au monde extérieur, devenant un fascinant sujet d’études pour bon nombre d’anthropologues, et une curiosité touristique depuis quelques années.

 

Et qu’est ce qu’ils ont de si particulier?

 

Et bien nous allons commencer par le plus mignon, c’est à dire l’architecture de leurs maisons. Il s’agit de massives habitations en bois appelées « Tongkonan »qui ont un toit en forme de cornes de buffle, animal très important dans leur culture. (Apparemment ça pourrait également représenter un bateau, vestige de l’arrivée de leurs ancêtres avec des jonques et qui utilisèrent la coque du bateau pour se protéger des intempéries). Les maisons sont ornées de sculptures et de gravures peintes en seulement 4 couleurs (noir, blanc, rouge et jaune) : le noir pour la mort, les ténèbres ; le jaune pour le pouvoir, la bénédiction divine ; le blanc pour les os, la pureté ; et le rouge pour le sang, la vie.

 

 

Rentrons désormais dans le vif du sujet. Le peuple est surtout connu pour son rapport à la mort et ses rites funéraires. Disons que les Torajas vivent pour mourir, parce que techniquement, ils vont tous au paradis (même s’ils ont été mauvais sur Terre) à partir du moment où ils ont un buffle pour leur ouvrir les portes. Leur objectif est donc d’accumuler des biens et des richesses qui vont pouvoir payer une cérémonie digne de ce nom avec pleins de buffles à sacrifier pour être certains que les portes du paradis seront bien ouvertes. Quand une personne meurt, tant qu’elle n’est pas enterrée, elle n’est pas considérée comme décédée, mais simplement « malade ». La famille continue de prendre soin d’elle (nourriture, nettoyage, changement de vêtements) jusqu’à ce qu’ils aient assez d’argent pour organiser les funérailles, ce qui peut prendre des années. Et oui, il faut savoir qu’un buffle coûte  entre 3 000 et 5 000€, et qu’en tout, la cérémonie peut revenir à plus de 10 000€. Il est important pour eux d’avoir le plus de buffles possible (parfois une centaine) pour, d’une part, témoigner de sa richesse, et surtout pour que le défunt les emporte avec lui au paradis et garde ainsi son « rang social ». Selon leur croyance, c’est le buffle qui, avec ses cornes, pousse les lourdes portes du paradis, permettant ainsi à l’âme d’y accéder, c’est pourquoi ils sont sacrifiés pendant les funérailles. Après tous ces rituels, qui peuvent durer plus d’une dizaine de jours, les enterrements ont aussi leur protocole. Le corps est déposé dans un caveaux familial creusé dans la falaise. Dans des niches à côté sont posées des poupées en bois sculptées à l’effigie du défunt et appelées tau-tau (« personne »), mais on peut également retrouver des portraits. Elles permettent de rendre hommage au mort : les vivants peuvent contempler la personne perdue et inversement. Quant aux bébés, s’ils décèdent jeunes ou mort-nés, on les place dans un arbre dans lequel on creuse des petites tombes. Ambiance joviale au rendez-vous!

 

 

Pour découvrir les lieux, nous avons fait le choix de ne pas prendre de guide. Nous avions déjà lu plusieurs articles sur le sujet, plusieurs blogs qui rapportaient les informations données par leurs guides, c’est pourquoi nous pensions que ça n’allait pas tant nous apporter. De plus, les prix que nous avions vu ont été multipliés par 2 depuis que les guides de Rantepao ont créé une association en fixant un « forfait » pour la journée (30€) qui s’avérait trop cher pour nous (d’autant qu’il faut rajouter le prix des entrées sur les sites, la location du scooter pour le guide et nous-même, ainsi que les offrandes…). Ajoutons à cela qu’il est important d’avoir un guide pour assister à une cérémonie car il permet de nous introduire et de nous informer sur la conduite à tenir, mais nous n’avions pas prévu d’en faire. Disons que nous n’étions pas motivés à assister à cette célébration pour observer le corps du défunt (souvent exposé) et assister à un combat de buffle qui se termine en boucherie. Les animaux tués et découpés devant les invités sont ensuite cuisinés pour être servis aux familles qui se sont déplacées. Nous étions prêts à découvrir certaines coutumes, mais pas toutes, par peur de ne pas le supporter et de les embarrasser (tout en finissant végétariens à 100%).

 

Nous avons donc choisi de louer un scooter et d’aller librement découvrir les villages et les tombaux par nous même. Nous avons commencé cet après midi sous la grisaille et la pluie en allant au village de Ke’te’ Kesu’ près d’un lac. Il s’agit d’un village typique qui date de plus de 300 ans et dans lequel les coutumes traditionnelles sont préservées. Nous avons pu découvrir les premières Tongkonans. Sur la plupart de ces maisons sont accrochées les mâchoires des buffles tués lors des cérémonies. Sur l’une d’elle, il y avait carrément un temple en « extension », et des pancartes au nom des familles avaient été attribués à certaines esplanades. Ce premier arrêt était assez intéressant si on oublie tous les stands qui bordent les maisons pour vendre des souvenirs, ce qui casse toute l’authenticité.

 

 

 

Pour notre deuxième arrêt, nous sommes allés à la grotte Londa. Il s’agit d’une ancienne grotte calcaire appartenant au descendant de Tandilino qui a construit le premier « erong » (cercueil en bois). En arrivant devant le site, nous pouvons déjà apercevoir des dizaines de cercueil en bois calés à différents niveaux de la roche, et des ossements répartis un peu partout. Nous avons lu que les morts sont positionnés en fonction de leur niveau social. Plus ils sont élevés, plus ils sont riches et ont de beaux cercueils. Sur les cercueils, on retrouve un portrait du défunt, mais cette grotte est assez particulière, car les statues des personnes enterrées à cet endroit (« tau-tau »), sont très grandes et exposés en hauteur, comme si c’était une photo de classe. C’est assez compliqué à décrire. Une fois à l’intérieur de la grotte, l’ambiance est pesante. Le chemin est très étroit et très humide et on retrouve des cercueils, des ossements et des offrandes dans tous les recoins. Un silence qui glace le sang, et la peur de marcher sur des os ou des crânes. Loick a été un peu plus téméraire et est allé s’aventurer, à la lumière du flash de son téléphone, dans un renfoncement dans lequel se trouvait un corps en décomposition. Comme nous étions au niveau le plus bas, il est fort probable que les proches n’ai pas eu assez d’argent pour le cercueil, donc la personne était en train de se décomposer à même le sol avec quelques vêtements blancs toujours sur elle. Je ne l’ai pas accompagné car ma seule envie, à l’instant T, c’était de fuir cet endroit à tout jamais. Pour ma part, j’ai trouvé ça malsain, dégradant (pour ceux qui n’ont pas eu les moyens d’avoir un cercueil, les « esclaves »), et un peu trop particulier à mon gout.

 

 

En ressortant, nous avons décidé de mettre une offrande devant quelques crânes posés à l’entrée. Nous avons donc ajouté une cigarette supplémentaire à la pile déjà construite, une manière de respecter la coutume et d’honorer la mémoire des personnes que nous venons de voir (pourquoi des cigarettes? Tout le monde se pose la question…). Après cet arrêt, nous sommes rentrés car c’était déjà beaucoup de découvertes et d’émotions en deux visites, et que la pluie commençait à être handicapante. En prenant du recul, nous nous sommes dit que c’était important d’avoir visité ces endroits pour s’imprégner de la culture Toraja assez différente de la nôtre.

 

 

 

[Point FIFA du jour] La demi-finale face aux belges se jouait ce soir, très tard pour nous, car avec le décalage horaire, elle était diffusée à 2h du matin. Bien que fatigués par les 2 derniers jours, en bon supporters que nous sommes, nous avons mis le réveil pour être surs de ne pas la louper. Sans vous mentir quand l’alarme a sonné nous avons un peu maudit les bleus, mais ce sentiment est très vite passé quand nous nous sommes mis à fond dans le match depuis notre site de streaming (qui nous sauve la vie). Un match assez compliqué, et une belle victoire à la clé. ON EST EN FINALE ! On est, on est, on est en FINALE ! Je sais pas si nous avons réveillé nos voisins de chambre qui devaient nous maudire, mais, malgré l’heure, on a pas pu s’empêcher de partager notre joie (notamment avec nos familles) !

 

 

Prochaine destination : Rantepao, des idées?

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02 Comments

  1. Christèle

    Tu m’étonnes que ça soit pesant comme atmosphère ☹️
    La découverte de pays et civilisations passe aussi par ce genre d’expérience

    18 juillet 2018 Répondre
    • Orane_Lbt

      Tu as très bien résumé, nous étions contents de l’avoir fait pour s’imprégner d’une nouvelle culture bien différente de la nôtre…

      22 juillet 2018 Répondre

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